mardi 18 novembre 2008

Cassandre

Un balcon donnant sur les toits où flottent les vêtements qui sèchent
Un bavardage de retrouvailles qui ne s'essoufle pas
Comme une nébuleuse de mots qui tissent des canevas de rêves
qui racontent comment chacun va s'y prendre pour vivre
plus tard
"quand on sera grands"
La fille aux cheveux qui sentent les plantes croise ses jambes sur la table
prend sa tasse de thé entre ses deux mains
et entame le chapitre sur les prénoms des enfants futurs
Elle est belle et un rayon de soleil traverse son visage en diagonale
elle pourrait presque se métamorphoser en quelque chose de plus beau encore
comme un flamand bleu après tout
il irait bien dans sa maison
elle avale une gorgée de thé et l'âpreté la fait grimacer
elle repose la tasse
avec l'anse cassée
cette infusion fruits rouges est infâme dit-elle
j'ai une vieille dame dans la bouche
la même impression de tapisserie à fleurs

mais en liquide

chacune a mis ses vêtements d'adolescence
qui sont devenus des vêtements de maison
des pantalons flottants de l'époque hippie
les trucs qu'on porte désormais pour faire le ménage
ou pour se faire une teinture aux plantes
et chacune y va de son amour passé
celui avec qui on doit se marier quand on aura trente cinq ans
et avec qui voguera la galère
quand on sera grands
on remet les mêmes chansons qu'à chaque fois
il faudrait songer à manger les raisins à l'eau de vie
sans se pincer le nez en croquant la peau
il se fait trop tard pour le thé
se raconter les blagues les plus grasses
et rire pas mal
en se disant qu'on s'aime pour un bon bout de temps
Elle se met à danser et parle de ses amants
Tes cheveux je les voudrais Cassandre
Nous paniquerons plus tard